Frank : papier mâché, schizophrénie et rock n’ roll

"Tu perds la face, Bender ?"

"Frank" : papier mâché, schizophrénie et rock n' roll.

Réalisé par James Marsh

Avec Domnhall Gleeson, Maggie Gyllenhaal, Scott McNairy, Michael Fassbender...

Genre Drame

Sortie le 4 février 2015

Durée 95 minutes

Note 4/5

Lorsque l'on parle des films indépendant de nos jours, le mot "excentrique" revient souvent. L'excentricité est régulièrement présente dans ce type de films pour adoucir la triste réalité de l'existence humaine comme la dépression, les familles dysfonctionnelles ou la maladie mentale. Frank, en bon film indépendant qui se respecte (et vendu en France comme un film "à la Michel Gondry"), pourrait souvent tomber dans ce piège mais s'avère au final être plus trompeur qu'il n'y semble. Incarné par un Michael Fassbender caché sous du papier mâché, Frank n'est pas vraiment excentrique; il est tout simplement endommagé intérieurement. 

Cette constatation pourrait vous donner l'impression que Frank est un film déprimant, ce qui n'est pas le cas. Il est juste plus honnête que la plupart des films de son genre. Le journaliste Jon Ronson a basé son scénario sur sa propre histoire brièvement partagée dans les années 80 avec le musicien masqué Frank Sidebottom; et on sent qu'il sait de quoi il parle.

Domnhall Gleeson interprète Jon, un amateur chanteur-compositeur qui rencontre le groupe The Soronprfbs au moment où leur claviériste pète les plombs et décide de quitter son synthé. Le manager dépressif du groupe, Don (Scoot McNairy), décide alors d'engager Jon pour le remplacer. L’expérience est si exaltante et la tête de Frank si fascinante, Jon propose au groupe de louer une cabane dans les bois afin d'enregistrer un album. Hélas, même si il part d'un bon sentiment, son idée du succès à base de Youtube, Twitter et réseaux sociaux vont en total contradiction avec l'esprit du reste du groupe.

FRANK02-0-2000-0-1125-crop

Lenny Abrahamson, le réalisateur, établit assez rapidement la dynamique central du film : les efforts naïfs de Jon pour transformer The Soronprfbs en hit le rapprochent de Frank mais le reste du groupe se met à le voir comme un usurpateur cherchant à tout changer pour le pire telle une version rouquine et androgyne de Yoko Ono. Clara (Maggie Gyllenhall), qui joue du thérémine dans le groupe et sert aussi de bras droit à Frank, est la plus verbale dans son dégout de Jon. Au début, on peut se dire qu'elle est tout simplement parano et butée mais, avec le temps, on sent qu'il y a plus que ça sous ses airs de brute en jupe.

Étant donné que Michael Fassbender passe une grande majorité du film le visage complètement enfermé dans du papier mâché, il s'en sort à merveille et avec beaucoup de nuances. En annonçant ses changements d'expressions du visage à voix haute pour que tout le monde le comprenne ("sourire accueillant", "grimasse flattée"), il offre la plupart des rires du film. Non seulement drôle, il sert aussi de gourou spirituel au reste du groupe. Charismatique, mélancolique et, surtout, mystérieux; Fassbender parvient à faire vivre Frank sans que l'on ait besoin de voir son visage.

Le début du film est souvent hilarant, comme lorsque Jon propose ses chansons complètement clichées tout en postant des tweets vident de fond sur ses "aventures" dans la nature avec un homme qui n'enlève jamais sa fausse tête. Ou encore, lorsque Jon se demande comment Frank fait pour se raser, se laver et manger sous son masque grotesque. Mais le film fait un virage total dans sa deuxième partie lorsque le groupe décide de partir au SXSW d'Austin au Texas et que tout s'effondre petit à petit tandis que Frank essaie d'écrire "la chanson la plus gentille du monde". Abrahamson réussi alors à transformer un film sympathique et, oui, "excentrique" en une observation sur la musique actuelle et comment la folie et la créativité sont liées. En fonçant tête basse dans la tristesse de Frank, il parvient à ajouter un vrai fond à un film qui aurait pu n'être qu'une comédie bizarre dans la forme. 

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire